Y’en a marre ! Les travailleurs forcés, les chômeurs forcés sont dehors. Nous manifestons, comme des milliers d’autres dans la rue. C'est un luxe car des millions d'autres ne peuvent pas manifester, contraints par des impératifs économiques ou alimentaires. Tous ensemble, nous tentons d’endiguer la vague sarkozienne en défendant les acquis sociaux chèrement obtenus par nos parents et leurs aïeuls depuis 150 ans. Nous nous battons pour les retraites, "aux lambeaux" comme l’a si bien titré le Canard Enchaîné. Nous étions quelques milliers à Evreux dans un défilé digne et coloré avec des séniors et des juniors aussi, des retraités et d’autres aux étendards chamarrés. Il y eut un discours. Un beau discours aux allures de photographies d’une catastrophe constatée, comme une marée noire sur les plages du repos bien mérité. L’heure était grave, les visages fermés, les regards durs, déterminés, froids. Les politiques, comme des comptables aveugles, dirent que la mobilisation était faible, que le peuple était résigné, qu’ils pouvaient appliquer la purge. Le peuple est un monstre endormi, il vient d’ouvrir un œil … un mauvais œil !